Qu’est-ce que l’aliénation parentale et comment agir?

L’aliénation parentale ou Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP) toucherait environ 10 % des enfants dont les parents sont séparés. Même s’il ne figure pas dans la liste des troubles que propose le DSM-V, il n’en reste pas moins lourd de conséquences pour les enfants et les parents qu’il touche.

Deux contre un ?

Derrière ce terme d’aliénation parentale (introduit par Richard A. Gardner dans les années 1980) se trouve le fait qu’un enfant prenne une part active au dénigrement, la disqualification, l’exclusion ou le bannissement d’un parent (le parent ciblé), et ce, sous l’influence de l’autre parent (le parent aliénant).

Pour que l’on puisse parler d’aliénation parentale, il faut que l’un des parents influence son enfant dans le but d’exclure l’autre parent de manière injustifiée et que cela entraîne une détérioration voire une rupture de la relation entre l’enfant et le parent ciblé.

Il faut distinguer le SAP (Syndrome d’Aliénation Parentale) de mécanismes isolés qui peuvent être développés par l’enfant quand les parents sont en conflit par exemple le conflit de loyauté où l’enfant se sent obligé de prendre position. Dénigrer un parent n’est pas non plus suffisant pour parler de SAP, surtout dans des périodes comme la crise d’adolescence.

L’aliénation parentale agit comme une reprogrammation, un « lavage de cerveau » que subit l’enfant et cela va l’amener à ce comportement d’une manière particulière.

Dans cet article nous aborderons :

  1. 8 indicateurs pour identifier le syndrôme d’aliénation parentale
  2. Les conséquences pour le parent
  3. Les conséquences pour l’enfant
  4. Comment en arrive-t-on là ?
  5. Que faire quand le processus d’aliénation parentale est engagé ?
  6. Se reconstruire suite à une situation d’aliénation parentale
  7. Comment un professionnel peut vous aider

8 indicateurs pour identifier le syndrome d’aliénation parentale

Le SAP comprend 8 symptômes principaux :

  1. L’enfant dénigre le parent ciblé
  2. Le dénigrement est construit sur des arguments absurdes, changeants
  3. L’enfant ne cache pas son animosité, il n’est pas ambivalent vis-à-vis du parent ciblé
  4. L’enfant prétend que personne ne l’a influencé, il se considère comme « penseur indépendant »
  5. L’enfant soutien de manière indéfectible le parent aliénant
  6. L’enfant ne se sent pas coupable vis-à-vis du parent ciblé
  7. L’enfant utilise des phrases et récits dictés par le parent aliénant
  8. L’enfant dénigre voire rompt les liens avec le parent ciblé mais aussi l’ensemble de la branche familiale à laquelle ce dernier appartient

Les différents stades d’aliénation parentale

Ces symptômes peuvent s’exprimer plus ou moins intensément. L’Association Carrefour Aliénation Parentale distingue plusieurs stades :

  • Léger : peu de dénigrement et contact avec le parent ciblé
  • Moyen : davantage de dénigrement, réticences à entrer en contact avec le parent ciblé
  • Grave : les idées du parent aliénant sont intégrées, rupture du contact avec le parent ciblé ou tentative de fugue, paralysie, ou autre en sa présence.

Conséquences pour le parent ciblé par l’aliénation parentale

Agressivité verbale voire physique de l’enfant envers le parent ciblé, mise à l’écart, départ du domicile, rupture du lien parental. Les répercussions sont variables de par leur nature et leur intensité, pouvant même atteindre des extrêmes comme la rupture définitive du lien parental.

A cela s’ajoutent toutes les conséquences psychologiques qui peuvent découler de l’altération / la rupture du lien parental (remise en question, dépression, etc.).

Conséquences pour l’enfant

Le SAP est loin d’être anodin et plus le processus d’aliénation est allé loin, plus les répercussions risquent d’être marquées.

En plus de la rupture relationnelle avec le parent ciblé et la culpabilité que cela peut générer après coup, le simple fait d’établir des liens sociaux va s’avérer complexe. Les relations intimes, la confiance en soi, les troubles du sommeil et/ou de l’alimentation, la liste des conséquences des répercussions du Syndrome d’Aliénation Parentale sur la vie future d’un enfant est très longue. Il est même probable qu’un enfant ayant souffert d’aliénation parentale devienne lui aussi un parent aliénant.

Il est nécessaire d’être vigilant à l’instauration de ce mécanisme, d’autant plus qu’il peut facilement passer inaperçu, se confondant au début avec des comportements normaux, avant de prendre une toute autre dimension.

Comment en arrive-t-on là ?

Il est difficile de s’imaginer ce qui peut amener une personne à pousser son enfant à détester son conjoint ou ex-conjoint. Le Dr Hubert Gijseghem identifie des composantes chez l’enfant et le parent aliénant qui vont contribuer à la mise en place du processus.

Le parent aliénant

Quand la notion d’aliénation est apparue, la parent aliénant était présenté comme ayant l’intention d’exercer une influence malsaine. Il était aussi dit qu’il s’agissait en majorité de femmes. Aujourd’hui, on sait que le parent aliénant exerce son influence de manière plus ou moins consciente, et que les pères autant que les mères peuvent revêtir ce rôle.

Plusieurs éléments peuvent amener un parent à devenir un parent aliénant :

  • Le ressentiment envers l’autre parent : la rupture peut générer de l’hostilité, un sentiment de trahison ou d’abandon, des éléments auxquels l’enfant est exposé et perméable.
  • La projection du sentiment de victimisation : par exemple, le parent aliénant se sent délaissé et projette sur l’enfant le risque qu’il en soit de même pour lui.
  • La culpabilité : par exemple, le parent aliénant attribue la détresse de son enfant à l’autre parent par difficulté à supporter sa propre part de responsabilité.
  • Le désir de réparation : par exemple, le parent aliénant attribue de meilleures capacités parentales à un nouveau conjoint que le parent ciblé, lui enlevant progressivement sa place auprès de l’enfant.
  • Le biais de confirmation : c’est le fait de confirmer ses propres hypothèses en percevant ce qui les confirme et masquant ce qui les infirment. Par exemple, au retour d’une fin de semaine passée avec le parent ciblé, le parent aliénant va relever tout ce qui confirme que son enfant a passé un mauvais moment.

Ces mécanismes sont loin d’être étrangers à ce que chacun peut vivre ou faire au quotidien, et en ce sens, il n’y a pas besoin qu’une pathologie psychiatrique soit présente pour devenir un parent aliénant. C’est leur superposition et leur intensité qui vont alimenter le risque que survienne une aliénation parentale.

L’enfant influencé

L’enfant est lui aussi exposé à des éléments qui vont plus ou moins favoriser le développement d’une aliénation parentale :

  • Le désir de réduire le conflit de loyauté : il va avoir un rôle déterminant dans l’émergence du SAP parce qu’il génère un fort sentiment d’inconfort. L’enfant risque alors de se défaire d’un de ses deux parents, ayant pour double effet d’atténuer l’inconfort et de poser un premier pas vers l’aliénation. Le fait qu’un enfant soit pris dans un conflit de loyauté dans cette situation est plutôt bon signe, il indique qu’aucun parti n’a encore été pris.
  • Le désir de réparer le parent endommagé : en étant en contact prolongé avec l’un des parents, l’enfant va percevoir sa souffrance et mettre en place des stratégies affectives pour y répondre. L’enfant peut alors instaurer une certaine exclusivité, tenant à distance l’autre parent.
  • Ses propres caractéristiques : la préférence normale que l’enfant peut avoir pour l’un de ses parents / l’attachement exagéré (lien fusionnel) / les difficultés d’adaptation aux situations nouvelles / etc.

À nouveau, ce sont des mécanismes normaux qui sont mis en jeu et leur accumulation et leur intensité aura un rôle important.

En somme, l’apparition d’un Syndrome d’Aliénation Parentale est non seulement conditionnée par la présence ou non d’éléments facilitateurs chez le parent (potentiellement) aliénant, mais aussi chez l’enfant.

Que faire quand le processus d’aliénation parentale est engagé ?

Il peut s’être passé des mois voire des années avant qu’un parent se rende compte qu’il a été ciblé. Il peut même arriver que le parent ciblé ait l’impression qu’il soit trop tard, que les choses sont irréversibles.

Ce qui est important de savoir, c’est que l’aliénation parentale et être un parent aliénant est puni par la loi car le SAP (Syndrome d’Aliénation Parentale) est reconnu comme atteinte au bien-être de l’enfant. De plus, même si d’apparence cela ne semble pas être le cas, l’enfant souffre de cette situation et il est exposé à de nombreux risques psychologiques. Enfin, rien ne doit empêcher un enfant d’aimer son parent et inversement. C’est un droit.

Agir, c’est protéger la relation avec ses enfants, mais c’est surtout les protéger eux.

La première étape consiste à s’assurer qu’il s’agit bien d’aliénation parentale et d’estimer le niveau de gravité. Pour ce faire, le site internet de l’Association Carrefour Aliénation Parentale propose des outils pour dépister un SAP, mais il est tout de même conseillé de consulter des professionnels familiers avec la problématique (médecins, psychologues, travailleurs sociaux, avocats, médiateurs).

La seconde étape est celle du signalement. En fonction de l’ampleur de la situation, cela peut aller de la sollicitation de la Direction de la Protection de la Jeunesse (DPJ) à la demande d’une audition d’urgence à la Cour supérieure, afin de modifier les modalités de garde.

Plus la réaction est rapide, mieux c’est, car le processus judiciaire peut être long et le temps que l’enfant passe avec le parent aliénant ne fait que renforcer le SAP.

Et après ? Reconstruire suite à une situation d’aliénation parentale

L’absence de contact avec le parent aliénant (ou autre mesure sur laquelle la procédure a abouti) ne suffit pas à remettre tous les compteurs à zéro et à pouvoir redémarrer une relation saine. Des dégâts importants peuvent avoir été faits et l’effet du SAP peut encore perdurer.

L’enjeu est de pouvoir rebâtir une confiance mutuelle, ce qui peut prendre un certain temps et beaucoup d’efforts. La communication est l’outil à privilégier, cependant, elle peut s’avérer complexe et délicate. En ce sens, avoir recours à l’intervention d’un professionnel est vivement recommandé. Il vous aidera à communiquer efficacement et à mettre en place les stratégies les plus efficaces afin de rétablir le lien de confiance.

Durant cette épreuve, le parent ciblé a lui aussi beaucoup souffert. La frustration, la culpabilité, le regret, ont probablement porté atteinte à son équilibre et fragilisé sa confiance en soi. Se reconstruire après ce genre de situation n’est pas facile à faire, et s’entourer d’un professionnel peut être une solution pour sortir de la dynamique générée par l’aliénation.

Consulter un professionnel lorsqu’on est confronté à l’aliénation parentale

Ce qu’il faut retenir de l’aliénation parentale, c’est qu’elle peut se développer sans que les personnes qu’elle touche n’aient de prédisposition à développer un trouble psychologique. L’identifier implique qu’elle est présente depuis un certain temps, d’où la nécessité d’agir vite. La gestion de l’« après » peut s’avérer complexe, du fait des blessures engendrées par l’aliénation. Consulter un professionnel, c’est mettre les meilleures chances de son côté pour se reconstruire et reprendre une relation sur des bases saines.

Les professionnels qui peuvent vous aider :

La Clinique de Psychologie Québec offre un service de thérapie familiale pour ce type de problématique. Nos experts chevronnés dans le domaine peuvent vous aider !

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